02.04.2019

Oceaneye vu par notre stagiaire, Virginie Wyss

« Ce stage m’a vraiment fait réaliser que même si les micro-plastiques sont peu visibles à l’oeil nu, à la loupe, la réalité est toute autre »

Biologiste, passionnée par les baleines et les dauphins, j’ai eu envie de me pencher sur une des problématiques préoccupantes que ces majestueux animaux rencontraient malheureusement de plus en plus dans l’océan, à savoir le micro-plastique.

J’ai donc commencé un stage au sein de l’association Oceaneye qui s’occupe de cette problématique depuis 10 ans déjà. Oceaneye fait un travail de sensibilisation au travers d’expositions et de présentations dans les écoles et un travail scientifique en analysant des échantillons d’eau de mer prélevé par des explorateurs. J’avais d’ailleurs effectué une expédition avec la Swiss Cetacean Society pour récolter ces échantillons et c’est par ce biais que je les ai découvert.

Mais revenons à nos échantillons…Ma principale mission pendant mon stage.

Ceux-ci sont récoltés dans des sortes de « chaussettes » en filet très fin qui sont placées au bout d’un filet Manta suivant un protocole fournit par Oceaneye. Elles sont ensuite remplies de sel pour conserver la matière organique qui se trouve avec les micro-plastiques et éviter les odeurs trop nauséabondes…

Filet Manta pour récolter les échantillons

 Microplastiques et plancton dans la chaussette

On les reçoit sous vide avec une feuille précisant leur coordonnée GPS, la météo et le courant présent.

En laboratoire, on vide la chaussette sur 3 tamis (pour séparer les plus gros fragments des plus petits) et on frotte avec une brosse pour bien extraire toutes les particules présentes dans la chaussette.

On récupère ensuite des tamis les différents fragments et matières organiques que l’on place dans des boites de Pétri avec un peu d’eau. Les plus petits fragments sont conservés pour des analyses futures (volontaires et donations bienvenus pour les analyser!).

On observe ensuite à la loupe binoculaire et on trie (fragment, fil de pêche, film (sac plastique), sagex (bouée de pêche) etc. puis on pèse les différentes catégories de fragments.

Un échantillon prend en moyenne de 1 à 2 heures pour l’analyse voire 4 heures s’il est très pollué ou rempli de vellela vellela (une sorte de méduse).

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Les données sont ensuite rentrées dans un tableau Excel et les résultats de contamination peuvent être consultés sur une carte interactive en ligne.

 Ce qui est fascinant c’est que chaque échantillon est différent. Il y a parfois beaucoup de vie avec des copépodes, du krill, des œufs, des petites crevettes, des algues, des coquillages, des petits poissons et des créatures extraterrestres (!) et parfois juste des fragments de plastiques.

Globalement on remarque que les échantillons collectés vers les grandes villes sont très pollués et on observe des zones d’accumulations à certains endroits reconnu comme les gyres. Il est très rare d’avoir un échantillon sans aucun fragment. Sachant que chaque année l’humanité produit 10% de plus de plastique et qu’une partie est déversée en mer via nos fleuves et rivières, il y a de quoi s’inquiéter. Ceci s’explique par des infrastructures insuffisantes d’une part et à la négligence humaine de l’autre.

Ces analyses m’ont vraiment fait réaliser que même si les microplastiques sont peu visibles à l’œil nu, à la loupe, la réalité est toute autre. Les plastiques se fragmentent mais ne se dégradent pas. Ils sont présents dans toutes les couches d’eau et attirent à eux les substances hydrophobes que sont les polluants, les hormones et les divers pesticides. Beaucoup de modèles théoriques ont été construits pour savoir où vont les plastiques /microplastiques et comment ils se comportent mais les océans sont un modèle complexe et difficilement prédictible si bien qu’il reste encore beaucoup d’inconnues. Enfin même si les conséquences à long terme ne sont pas encore bien définies pour l’humain il est clair que les plastiques et microplastiques qui en découlent sont particulièrement dangereux pour les espèces qui les avalent, des oiseaux marins aux phytoplanctons en passant par les poissons, crustacés et les mammifères marins, ils sont malheureusement tous concernés. Il leur est en effet impossible de faire un tri dans ce milieu qui est à la fois leur maison et leur garde-manger.

 C’est donc à nous humain de mieux gérer nos poubelles, de trouver des alternatives au plastique, de mieux valoriser, recycler et réutiliser cette ressource qui est omniprésente dans notre quotidien. Il est temps de passer d’une économie linéaire à une économie circulaire et de prendre notre responsabilité face à cet océan qui nous apporte tant.

Si vous désirez en savoir plus, une équipe s’est constituée en Suisse : Usitawi « Appollo Forum », présidé par René Ziegler et regroupe les principales associations en lien avec le plastique de Suisse qui apportera je l’espère des solutions concrètes. La Suisse étant le champion mondial au niveau des emballages à usage unique il y a encore du boulot…

 De son côté Oceaneye continue à sensibiliser les jeunes à ce problème dans les écoles (n’hésitez pas à faire appel à eux) et j’ai eu la chance d’assister à une présentation de Gaël Potter dans une médiathèque à Meyrin où les jeunes de 15 ans étaient très participatifs, éclairés et plein de bonnes idées comme un jour de congé par semaine pour nettoyer la ville ou taxer les pollueurs. Des slogans novateurs sont également sortis « le plastique ça nous nique ». Bref le mouvement est en marche.

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Gael_Mediatheque

Enfin si vous voulez rêver et/ou participer activement à la collecte d’échantillons avec Fleur de Passion, Marémotrice ou la SCS par exemple, n’hésitez pas à aller consulter les différents blogs des 15 explorateurs qui parcourent le monde à la recherche d’un monde meilleur.

 Mon stage est bientôt fini, j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler pour Oceaneye et je souhaite à Pascal et Gaël, ces deux passionnés pour la cause de nos océans beaucoup de succès dans leur projets futurs.